Les falaises à coeur ouvert

Publié le par africultureconsciente

 

Du 4/04 au 12/04

 

falaises 020Je roule, je roule sur le goudron entre Bobo et Banfora. 80km à toute ber zingue. J'aperçois sur la route, des femmes chargées sur la tête de sac de riz et de mil. Elles ont l'air tellement épuisées que je me demande d'où elles viennent...

Au sud de Bobo, des détonations me réveillent de mes songes. Apparemment c''est une carrière de granite que l'on exploite. Là aussi, des femmes poussent leurs vélos chargés de bois. Mais d'où viennent-elles ?

 

C'est que si je reste le nez sur le goudron, je ne vois pas qu'à quelques kilomètres de la ville se contorsionnent avec grâce des falaises. Des falaises qui abritent une multitude de richesses. Naturelles mais aussi humaines. La ville vient doucement lécher  ses sucreries, vient prêcher la valeur de l'argent pour posséder ses terres et de là bouleverser des communautés de villageois qui perdent peu à peu leurs racines.

 

Je suis parmi une des rares blanches à pénétrer dans l'intimité de ce joyau. Encore méconnu des touristes, il faut se faire inviter et accompagner pour pouvoir escarper le dos des falaises ou s'aventurer dans le coeur de sa brousse, de ses villages.falaises 001

A quelques endroits, il y a des failles qui permettent de relier le bas et le haut de la falaise. Dissimulées par la végétation, il faut ouvrir l'oeil pour ne pas les rater. Ces chemins cachés sont toujours utilisés par les commerçantes. Ils ont aussi permis aux  burkinabés de fuir le travail forcés imposés par les colons pour la construction du chemin de fer ( de Ouagadougou à Abidjan ) ou le recrutement pour une guerre. Non loin de là, des grottes où ancêtres et contemporains ont trouvé refuge, temple de méditation ou de divination.

Et puis, il y a les villages qui ont peur que la ville ingurgite leurs  cultures. Ils veulent vivre dignement tout en gardant leur espace de vie. Aidés par quelques blancs, ils ont construit dispensaires, écoles et zones maraîchères. Les femmes ont pris les devants, se sont regroupées et ont ouvert depuis un an à Sokoura le premier jardin biologique. Tomates, choux, oseilles poussent à tout va. Avec un peu plus d'eau, ce serait le paradis ! Bientôt s'ouvrira un lieu pour l'élevage des poulets.

falaises 014

Mais chaque jour, il faut lutter, car des forets disparaissent. Encore. Coupées pour la vente du charbon ou brûlées pour augmenter l'espace de culture du coton. Une rente économique mais un grand mal pour l'écosystème car le coton conventionnel est un gourmand en pesticide.

Les peuls ( ethnie nomade )  font aussi débat dans les villages car leurs troupeaux viennent saccager les jardins ou détériorer les sources d'eau naturelles. Des zones de préservations ont été mis en place mais le grillage ne fait aucun poids contre la horde des zébus assoiffés.

 

Chaque jour, l'équipe de Kurukofé essaye de mettre en place des actions de protection, de sauvegarde et de valorisation de ce merveilleux site. La ville de Bobo s'agrandit continuellement , l'attrait de l'argent pousse à l'exode rural. Alors, il faut continuer à ouvrir l'oeil et son coeur. Continuer à militer pour un autre développement alliant modernité et tradition. Continuer à embellir sans pervertir.falaises2 007

 

Depuis deux jours, nous avons quitter Borodougou et la troupe de Kurukofé et passons nos derniers jours burkinabé à Bobo. Demain, direction Bamako, première étape de la remontée infernale. Nous hésitons encore à reprendre la même route qu'à l'aller ou bifurquer par le Sénégal...

Le voyage continue....

On espère que tout le monde se porte bien.

Grosse biz !

 

P.S : C'est aussi l'effervescence ici depuis l'arrestation de Gagbo et un grand soulagement. En effet, le Burkina entretient d'étroites relations avec la Cote d'Ivoire au niveau commercial et humain.

Avec la crise, la pénurie de certains aliments ou matériels ainsi que de nombreuses coupures d'électricité étaient fréquentes.De plus, quatre millions de Burkinabés sont exilés en CI. Alors tout le le monde avaient un parent proche ou éloignés qu'elles ne pouvaient contacter que difficilement.L'inquiétude régnait et toute la population avait les oreilles coller à RFI.....

 

P.S miam miam : On rêve d'une tartiflette !

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vollmer noel 16/04/2011 23:30


Aprés le tour des paysans , ou j'ai apprécié la rencontre . C'est vous que je rencontre à l'auberge Djamilla à Bamako. Belle rencontre que je garderai longtemps en moi . Trés beau blog , avec des
articles bien ciblés , cinglants de véracité , d'une lecture complétement accessible , compréhensible . De trés trés belles photos , qui me démontre que chaque être est une entité . Que chaque oeil
à sa propre vision et émotion .
Bravo et bonne route à vous deux


fallet joël 14/04/2011 23:19


un article qui donne envie, des informations très intéressantes (je ne savais pas que la SNCF avait sévi là bas!),des photos vraiment chouettes, bref là encore je trouve que vous découvrez la vraie
richesse africaine dont doit s'inspirer notre monde occidental veillissant. Bravo.
Bises à vous deux.
joël de Brive.


les vieux de la hiaute 14/04/2011 17:00


Franchement ,on est tout "retourné" après un tel article et de telles photos!!! une petite question très terre à terre quand même :que devient le rat????? est il mangé????
bisous à tous les 2 en vous souhaitant un bon retour,on vous attend avec impatience.


la casque à pointe de l'est 14/04/2011 15:06


"Le choix des mots et le choc des photos". Le reportage de Claire est tout en finesse. Bravo. Je pense que votre retour ne va pas s'effectuer sans quelques regrets après ce que vous avez vécus. Ne
vous pressez pas trop. Gros bisous de l'Alsace.